A TAAABLE !!!!

Le Roman Puzzle

en violet, notre avis après les avoir rencontré


Geneviève Brisac: 52 ou la seconde vie



Je commence mal mais vous verrez, je continue pareil. Toujours pas lu, cedernier opus de Brisac. Elle est venue à notre table, et très gentiment nous a remercé de disposer de ses ouvrages. Moi j'appelle ça une grande Dame parce que rien l'obligeait à nous saluer petite, toute petite librairie que nous sommes. En ce sens, elle s'est comportée comme une autre très grande Dame, j'ai nommé Madame Bourgois encore émué (et qui ne le serait pas) de la disparition de son mari (un géant , j'vous dis !). Bref, pas lu ce dernier opus mais lu quelques autres. C'est plutôt bien écrit et sans être transcendant, je pense à Pour qui vous prenez-vous, on passe un agréable moment de lecture. Bon là je triche un peu car j'ai pas sauté au plafond mais j'en connais qui apprécierait.

Merci Madame Brisac.

Rodrigo Fresan: Mantra



Rodrigo te quereeemoooooos* !!!


Quand, à la suite des discussions avec nos confrères, nous avons obtenu de tenr la table de Rodrigo, on s'était dit que Dieu existait, et qu'il était temps d'aller jouer au loto pour profiter de la chance qui ne manquerait pas de se barrer presto.


Fresan, on a pas cesser d'en parler sur le blog. Notamment pour Mantra, LE livre que tout grand lecteur devrait avoir à portée de mains. Si l'histoire est irrésumable, la manière d'écrire de l'auteur ne manquera pas de le faire figurer au panthéon des auteurs argentins. En même temps sa nationalité on s'en fout, l'histoire se passe au Mexique ou plutôt à Mexico (ce qui n'est pas pareil) et lui même vit en Espagne.


Mantra est en effet un roman puzzle, où plus d'un se sentira paumé, complétement perdu par le semblant d'absence de trame narrative. Mieux encore, Mantra est un mantra c'est à dire « une formule très condensée, soit une série de syllabes assemblées en fonction de leur seule efficience magique intrinsèque, répétée de nombreuses fois suivant un certain rythme ». ça c'est ce que dit Wiki et il rajoute, le mantra « signifie protection, d'où la définition usuelle de protection de l'esprit » et nul doute qu'il s'agisse de cela, dans ce livre comme dans les précédents de Fresan.

Personne ne vous forcera à reconnaître la grandeur de cet ouvrage mais seul un abruti pourrait affirmer qu'il ne sait pas écrire, tenez vous donc le pour dit, Fresan EST l'auteur à découvrir ou re-découvrir.

Fresan est venu chez nous, oui chez nous à la librairie, comme Jesus aux noces de Canaan. Accompagné de ses disciples, en la matière son éditeur actuel (Passage du Nord Ouest), la compagne de ce dernier et une pièce rapportée en la personne de ...mmhmm...j'me souviens plus mais quelqu'une d'important dans le petit monde de l'édition.

Avec une bonne demi-heure d'avance car de l'aveu même de son éditeur, la névrose temporelle le guette. Après quelques minutes écoulées nous étions persuadés qu'il ne parviendrait pas à reproduire le miracle de son illustre prédécesseur à savoir la multiplication des pains (pas du pognon mais des adorateurs de Mantra). Un truc ne passait pas, nous ne savions plus si nous avions bien fait de nous défoncer à aller chercher des bonnes choses à boire et à manger.

Puis les gens sont arrivés, tout le monde s'est installé et le miracle se produisit. Nous avons assisté à une véritable leçon de littérature, le génie qui avait écrit Mantra était là face à nous, et ses bonnes paroles nous ont rassuré quant à la puissance de la littérature. Ce type est un génie, névrosé certes, peu liant ça c'est sûr mais un sacré putain de génie qui, stressé par le temps est quand même parti comme il est venu, en avance pour ne pas être en retard.

L'histoire ne dit pas s'il est parvenu à temps aux Assises mais je crois bien que non.

Joseph O'Connor: Redemption Falls



Redemption Falls est un livre puissant, extrêmement puissant. Il vous scotche dès les premières pages et vous n'en démordez plus. Entre le monologue intérieur de cette folle (comment la définir autrement ?) et les descriptions de paysages à l'image des personnages, décomposés, l'auteur ne vous autorise pas à reprendre votre souffle. Un très, très grand O'connor !

pas croisé, alors je le connais pas, cqfd pas de potins.


Eric Reinhardt: Cendrillon



Ce fut notre grande déception des Assises. Si le personnage (je parle de Reinhardt) semble plutôt sympathique (tout le monde n'est pas d'accord mais moi je l'ai trouvé plutôt sympathique), son livre est tout simplement insipide.

En dépit de (vaines) tentatives répétées de rebondissements, d'apporter une sorte de piment à la vie globalement pathétique de ses personnages, Cendrillon nous ennuie.

Il semble se passer plein de choses mais en définitive il ne se passe rien, rien qui ne soit déjà scribouillé par les scribouillards de Paris-Match et autres presses aux services de l'insondable vacuité humaine (attention, je lis toujours Paris Match mais chez ma dentiste, fort compétente cela dit au passage, j'vous refilerais l'adresse au besoin).

Bref, si vous avez une belle-mère en mal de sensations "fortes" et dont vous êtes sûr qu'elle ne lit que du best-seller de bas étage, ce livre est pour elle. Elle vous sera gré de ce petit geste inhabituel de votre part (vous qui savez si bien lui signifier votre détestation). Vous passerez pour un As, le temps d'un instant en attendant la prochaine prise de tête.

Mais le type est sympa, étrange non ?!


Tabou et transgression



Nelly Arcan: à ciel ouvert


Pas lu ce dernier opus de Mlle Arcan. Quand on l'aura lu, on en parlera et peut-être même qu'on changera ce qui suit.

Lu les autres par contre, à savoir, Putain et Folle.


Autant le dire, le personnage est sulfureux (le personnage, elle, on l'a connaît pas). Le personnage est probablement plus sulfureux que ceux qui l'accompagneront à cette table. A quoi devons-nous cet "état de fait",mmhhmm.... à la connerie des éditeurs et du corps médiatique jouant le jeu de la starification des auteurs au détriment d'un authentique travail de critique.


Ce qui semble valable pour un Cooper ne semble pas l'être pour cette jeune femme dont peu auront manqué de signaler qu'elle est « beeelle » et « in-tel-li-gen-te ».

comme si l'un empêchait l'autre

comme si surtout, par un ultime réflexe de culpabilité, on considérait que ses attributs aideraient à faire passer un roman dont finalement on doute des qualités.

il n'y a qu'à voir les couv et les quat de couv de Putain et de Folle.


c'est con, c'est sexiste, un peu putassier mais c'est comme ça (quand on vous dit que le monde des livres ressemblent aux autres).

Ces précisions faites ne tombons pas dans les travers que nous dénonçons. Alors l'auteure, c'est bien ce qu'elle écrit ou pas ?

Et ben non, c'est pas terrible. Pas terrible au sens où ça casse pas trois pattes à un canard. Pour autant, ce n'est pas de la merde. Comprenez cela ne mérite pas d'être voué aux gémonies.

À vrai dire, ses premiers romans relèvent de l'autofiction, du moins tel qu'énoncé par les auteurs qui abordèrent la question à l'éditon précédente des assises (voir Angot, Delorme). Mais alors que l'écriture de Delorme fait clairement apparaître une volonté de faire oeuvre, oeuvre littéraire, les deux premiers ouvrages d'Arcan n'offrent guère plus qu'une évocation romanesque de différentes périodes de sa vie, et comme elle écrit pas trop mal et ben ça passe, et comme il lui est arrivé des trucs sympas, et ben on se rince l'oeil pour pas cher.

De transgressions, il n'en est pas vraiment question. A moins de considérer qu'une « pute » pour parler comme l'auteure, cristallise à elle seule les figures de la transgression, ce dont nous doutons.

De tabou, il n'en est pas question non plus, du moins pas pour nous. Pas d'excréments, pas d'endogamie, d'inceste rien qui n'aille dans le sens d'une remise en question des fondements de notre « civilisation » ou de quelques autres civilisations, peu importe.

Mais voilà t-y pas un portrait féroce, gratuitement féroce des ouvrages de l'auteure ?

Non, et d'ailleurs nous serons ravis d'aborder avec elle ces questions. Pourquoi selon elle, est-elle considérée comme une écrivaine transgressive ? Que prête t-elle au sexe, à la prostitution ou au corps sexué qui suppose qu'on en rende compte ? Considère t-elle que son travail relève d'une dénonciation/présentation des pathologies dont souffre nos sociétés ? Quelle caractère universel prête t-elle à ses personnages (elle-même, en l'occurence) ?


Pour l'avoir écouté, puis brièvement rencontré, je dois rendre hommage aux qualités intellectuelles indiscutables de la jeune femme ci-dessus critiquée. Cela ne m'a pas plus donné envie de lire son dernier opus (z-êtes pas obligé de faire pareil!) mais par contre elle m'a permis de penser différemment, avec de nouvelles perspectives, la question de la sexualité tarifée et celle des velléités de transformations physiques éprouvées par nombre de personnes .

Sa "théorie" de la "nouvelle conformité" qui tend à renverser le statut de victime chez les femmes, victime de la violence ou de la domination masculine n'est pas nouvelle, qu'on songe seulement en France à Virginie Despentes mais elle a le mérite d'écarter l'idée que les femmes sont condamnées à adopter une posture viriliste pour se faire respecter ou pour maîtriser leur destin (fut-il celui d'une travailleuse sexuelle).

Ainsi, chez Arcan les femmes peuvent être des victimes comme elles peuvent ne pas l'être, qu'elles soient prostituées ou qu'elles ne le soient pas. L'argent intervient comme un médiateur et à la fois comme un langage universel qui fait qu'au bout du compte nous sommes, femmes et hommes face à une nouvelle conformité, celle que permet le fait de disposer de monnaie sonnante et trébuchante. bon j'extrapole un peu.

Mais c'est vraiment quelqu'un de très intéressant, bien plus encre que ses histoires de boules.


Upamanyu Chatterjee: Nirvana mode demploi



En voilà un qui devrait vous épater. À plus d'un titre. Tout d'abord pour celles et ceux qui ne connaissent pas l'Inde, comme nous, c'est une nouvelle fois l'occasion de découvrir via l'écriture, une partie non négligeable de l'humanité.


Attention, je ne dis pas que Chatterjee décrit l'Inde, mais plus simplement qu'il nous « parle » de l'Inde d'une façon à laquelle nous ne sommes manifestement pas habitué.

Son avant-dernier opus les après-midi d'un fonctionnaire très déjanté, est drôle, très drôle, et bien qu'on ait déjà entendu que l'Inde est le royaume de toutes les saveurs, on reste estomaqué par la force des senteurs corporelles et/ou animales.

Ça fouette et ça schlingue et comme il se doit ça castagne entre castes. C'est d'ailleurs ce qui fouette le plus, les castes. Loin d'être des délires d'orientaliste en mal de sensations fortes, les « aprèm » et nirvana mode d'emploi dissèquent à leur manière, ce qui en Inde relève du tabou: la stratification sociale.

Si nul ne songe à la remettre en question ouvertement, les protagonistes de la société indienne, trichent, mentent, se débattent dans ce merdier innommable qui nous fait dire que ce pays est celui où l'âme tourmentée saura y trouver du repos.

l'Inde de Chatterjee est universelle, car elle est faite des hypocrisies qui fondent toutes les sociétés mais là où nous nous efforçons d'aseptiser, Chatterjee insiste sur ce qui nous ramène à notre condition universelle. Les femmes et les hommes de Chatterjee, transpirent, suent, chient, pètent, rotent, sentent mauvais de la bouche. Rien de folklorique là dedans à moins de considérer les tripes et les hormones des uns comme le folklore des autres.

À lire d'urgence.

Chatterjee est trop bon. On avait l'impression qu'il avait envie de se barrer mais on ne pouvait pas savoir pourquoi. Après moultes supputations, nous en sommes venus à nous dire que, sa femme étant française, il avait profité de l'invit pour se taper des vacances à l'oeil.

Je vous jure que ce type est excellent. Ses interventions m'ont fait sourire et parfois rire (le black qui se poilait comme un con dans la salle c'était moi !!). Autant le dire de suite, il est impossible de le détester et la lecture de ses romans n'y changera rien. Il y a chez lui, quelque chose de So British, un côté pince sans rire qui ne parvient pas à masquer la possibilité qu'il claque une durite. Ce n'est donc pas un hasard si ses personnages, songez à Les après midi d'un fonctionnaire très déjanté, ressemble au héros de Un poisson nommé Wanda.


De son passage éclair, je ne regrette qu'une chose c'est de ne pas avoir osé lui demandé s'il avait vu ce film.

Dennis Cooper: Salopes



L'histoire en quelques mots: un prostitué, Cooper dit « escort-boy », a disparu. Complètement allumé, régulièrement sous psychotrope, il n'en reste pas moins qu'au plumard c'est le dieu du slip. Tous ses clients le reconnaissent et ensemble, tentent de le retrouver ou du moins de se tenir informé de son éventuelle ré-apparition. Pour se faire, ils s'échangent infos et expériences sur un site internet. Problème, sa disparition semble être associé à un meurtre.

Cela aurait pu ressembler à un polar ou un roman noir, c'est ni l'un ni l'autre.


Cooper est journaliste et critique d'art, il aurait pu être flic ou psychiatre, de ceux qui fouillent, cherchent dans les poubelles de la psyché. De quoi parle Cooper ? De la pathologie. La pathologie des sociétés postmodernes ou hypermodernes, c'est selon, où baiser suppose une connection informatique et du matériel vidéo.

Attention, il ne s'agit pas de dénoncer, encore que pourquoi pas. Partout, il a toujours été question d'organiser l'amour, les appariements, ça Cooper le sait et il s'en fout. Qu'aujourd'hui, de nouveaux espaces d'aménagements de l'appariements existent, n'est pas en soi un problème.

Non, ce qui est flippant, c'est l'effet miroir. La nécessité de rendre compte de l'acte au delà des seuls intéressés. À côté de Salopes, la bonne vieille tradition du drap ensanglanté exposé comme preuve irréfutable de l'acte consommé vous paraîtra aussi tendre qu'une jolie photo de mariage posée sur un coin de cheminée ou pour les plus audacieux, la vidéo privée de vos ébats au camping de Douarnenez.

L'effet miroir produit une sorte d'émulation destructrice où l'on devine face à l'écran quelques doigts tremblants d'excitation à l'idée de « dévoiler » sa part d'abîme, de folie, d'indicible.

Mais de toutes façons Cooper s'en fiche, il n'est ni moraliste, ni flic, ni psy, ni philosophe ni rien, rien d'autre qu'un écrivain, qui, comme le disent à juste titre les concepteurs des AIR « accepte aussi d'être le témoin des folies et des caprices des hommes et des femmes » de « ce qu'il y a d'innommables ».

esprits sensibles s'abstenir.

Il était pas là, c'est dommage

Thomas Jonigk: Quarante jours


Nous ne connaissions pas Jonigk avant d'être convié aux AIR. Si le rythme, le ton, l'écriture de 40 jours ne nous ont pas séduit, il n'en reste pas moins qu'il y a rythme, ton, écriture dans ce livre.


Pour exemple, Tchekov me fait chier, je m'emmerde à sa lecture mais alors comme y faut mais j'admets que son style est celui d'un vrai écrivain. Il y a de cela chez Jonigk, pas du tchekov mais du caractère, de la force. On y est sensible ou pas. Je ne doute pas que nombreux seront ceux qui aimeront cette manière de présenter une sale histoire. L'histoire d'un homme qui découvre son père mort, son père qui n'aura pas su être un héros jusqu'à la fin.

c'est donc une histoire poignante que nous vous invitons à découvrir, et là non plus, sans aucun doute un auteur de qualité.


L'équipe de la Villa Gillet écrivait que la « littérature s'accommode mal des normes et des contrainte, Elle sait explorer les zones les plus turbulentes de la psyché humaine. Elle sait s'exposer aux comportements les plus étranges, en rendre compte, en lire la force intempestive et créatrice. »

c'est très exactement ce dont il s'agit.

Histoire toutefois de ne pas passer pour des branques, voila ce qu'en dit l'éditeur;


" Vous vivez, hurle une voix qui sort de Jan, vous vivez mais moi la terre ne me soutient plus, quelque chose m'entraîne vers le bas, dans un abîme, pour que je n'existe plus, pour que je sois aussi mort que la tête enveloppée dans du plastique de l'homme allongé sur la moquette rouge bifteck de mon appartement, comme s'il était moi... " Parvenu " au milieu du chemin de sa vie ", Jan Jonas a trente-cinq ans et, autour de lui, la fin du monde semble s'annoncer : c'est de nouveau la guerre sur une ville allemande d'aujourd'hui. Un déluge va noyer la terre pendant quarante jours. Qui recréera la vie à neuf ? Sur un canevas de références bibliques subtilement brouillées et subverties, Thomas Jonigk a bâti ce roman violent et drôle, parodie de roman policier, de film érotique, de roman picaresque ou de conte de fées. Faisant de son héros tour à tour un nouveau Noé, un nouveau Cham (le fils indigne qui se moque de la nudité de son père), un nouveau Jonas, le romancier l'amène peu à peu à échapper aux stéréotypes et aux automatismes dans lesquels il s'enlisait. Pour finir, Jan montera dans l'Arche en compagnie de Face-de-Grenouille, la jeune fille laide qu'il s'est mis à aimer et qui lui montre enfin le visage de l'humanité qu'il avait toujours ignorée

bon, il se la raconte un peu l'éditeur mais bon.

Aux Assise, Jonigk a donné l'impression de quelqu'un qui écrivait parce qu'il ne savait pas faire autre chose, ce qui est probablement faux vu la façon dont il répondait aux questions. Avec une sorte de retenu mais avec une précision et une sincérité indéniables (à moins qu'il soit un super acteur). Ce type est extrêmement fin, c'est sûr.

Si on s'est bien demandé comment on en arrive à imaginer qu'un jeune gars, seul avec son père défunt décide de lui tailler une pipe, Jonigk, à qui la question n'a pas à proprement parlé été posée, a répondu quelque chose du genre "je ne cherche pas à faire scandale, il m'a juste semblé que mon personnage devait le faire". Je mets des guillemets mais c'est mon interprétation.

Bref, lisez Jonigk, et surtout son autre roman Jupiter. L'écriture est, comment dire...encore mieux maîtrisée.